La rubrique de l’expatriée

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"Burn after reading" : service minimum

vendredi 17 octobre 2008

Les frères Coen sont bons, les frères Coen sont très bons, les frères Coen peuvent même être géniaux, mais les frères Coen peuvent surtout être très paresseux. Et forcément, quelques mois seulement après s’être pris No country for old men dans les dents, voir un film aussi bête et rétrograde que Burn after reading fait un peu mal aux fesses.

Non pas que l’auteur de ces lignes n’apprécie pas l’humour bête, loin de là (j’en profite d’ailleurs pour vous rappeler qu’il FAUT aller voir Tropic Thunder sous peine de damnation éternelle, et voilà pourquoi). Mais non, franchement, pour faire rire il faut décidément plus qu’un gros bêta athlétique quand bien même ce serait Brad Pitt, plus qu’un coureur de jupons paranoïaque quand bien même ce serait George Clooney, et plus qu’une "cold hearted bitch" quand bien même ce serait Tilda Swinton. C’est d’ailleurs service minimum à tous les étages de ce casting trois étoiles, mis à part Brad Pitt, fatigant à force d’en faire des caisses, et John Malkovich, qui tire son épingle du jeu par le seul fait qu’il est totalement en marge de ce qui se passe dans le métrage. Quoi qu’à vrai dire on ne sait pas vraiment ce qui se trame dans ce foutoir, et qu’on finit par n’en avoir plus grand’ chose à carrer. Un violent souci de professionnalisme me pousse cependant à tenter un résumé que voici.

Ahem. Alors, c’est l’histoire d’un gars qui s’appelle Osbourne Cox (John Malkovich), ce qui n’est déjà pas de chance. Il est alcoolique, vient de se faire virer de la CIA, et sa femme (Tilda Swinton) le trompe avec le Dom Juan au rabais de service (George Clooney, who else ?). Vraiment pas de bol. D’autant plus qu’un idiot peroxydé (Brad Pitt, gonflant) vient de trouver une disquette lui appartenant et contenant des dossiers de la CIA, et décide de le faire chanter, en se faisant aider par l’une des maîtresses du bellâtre qui se tape déjà Mrs Cox, et ça c’est décidément trop la loose. Vous suivez toujours ? Pas grave, tout le monde s’en fout, les frères Coen aussi apparemment.

Burn after reading donne l’impression d’avoir été shooté par un mec qui jouait à la Playstation pendant que la caméra tournait, avec des acteurs baillant un texte manifestement écrit la veille de tournage ("Ah merde Joel, on a oublié les dialogues !"). Ce sont d’ailleurs ces mêmes comédiens qui tentent désespérément de sauver l’ensemble, en gesticulant le plus possible dans l’espoir de faire oublier le vide abyssal sur lequel ils sont censés bâtir un personnage, ce qui n’est pas gagné comme l’on peut s’en douter.

Le plus triste reste cependant l’absence cruelle de mise en scène et de personnalité derrière la caméra. Burn after reading aurait aussi bien pu être filmé par n’importe quel petit faiseur pas trop mauvais de la télé US. Où est passé ce sens du cadre pointu, cet œil pertinent dans la composition des plans qui a toujours défini le talent des deux frères ? Car après tout, c’est bien cela que l’on était venu voir : la nouvelle œuvre de deux auteurs dont on apprécie la personnalité et la pertinence. Mais ces auteurs sont ici aux abonnés absents, et le moins que l’on puisse dire c’est que tout cela a de quoi faire enrager.

Heureusement (ou pas), l’expérience passée a prouvé que les Coen ont toujours alterné de manière incompréhensible le brillantissime avec le tout juste tolérable (rappelons que leur dernier film avant No country for old men était le pénible Ladykillers), et l’on peut légitimement supposer qu’après leur récréative, et somme toute amusante, petite sieste, les frangins nous reviendront gonflés à bloc...

Sabine Garcia


Date de sortie : 10 Décembre 2008 Réalisé par Joel Coen, Ethan Coen Avec George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, Tilda Swinton, J.K. Simmons, Richard Jenkins... Film américain. Durée : 1h 35min. Année de production : 2008 Distribué par StudioCanal

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