mercredi 1er septembre 2010
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PAUL WELLER « Wake Up The Nation » (Island Rds)
J’ai découvert ce nouvel album de Monsieur Weller après sa très mauvaise prestation au festival Musilac (avec un son live aussi calamiteux, qu’espérer de mieux ?), autant dire que j’abordais celui-ci avec encore plus d’appréhension que ses précédents disques. Car j’aime les JAM et j’apprécie beaucoup Style Council, j’ai aussi de l’affection (et même plus) pour une paire de ses albums en solo. Mais enfin il faut être franc il y a longtemps qu’une de ses oeuvres ne m’a pas enthousiasmée…
Et là, pa-ta-tra !
UN GRAND DISQUE !
Oubliez ce que vous savez, ou croyez savoir de lui. Abordez ce disque avec un esprit neuf. Car il y a là la tentative (à mon avis parfaitement aboutie) de désenclaver une musique qui ronronnait gentiment dans des sonorités est structures bien balisées.
Certes ici, d’une part on reconnaît (un peu) ce bon vieux Paul, et, d’autre part on est étonné et subjugué par la Révolution Culturelle à l’œuvre dans cet album.
Des collages bouleversent la musique l’amenant en plein XXIème siècle ! Monsieur Weller crée là un psychédélisme qui n’appartient qu’à lui et qui rentre en collision avec ses goûts traditionnels pour la Soul et le Freakbeat.
Les arrangements foisonnants, entre 60’s et post modernisme, font flotter parfois les chansons dans un univers de nuages qu’on est incapable de situer. Contrairement à tous ces groupes actuels qui se sont plongés dans le psychédélisme pour tenter de nous ramener, qui en 1966, qui en 1972… Paul Weller, en dépit de son passé, tente, lui, d’amener le psychédélisme dans cette décennie commençante. Et ça n’a rien à voir !
Psychédélisme, estampillé 2011, Noise, Cut-Up, drone (mais avec class), bidouillages et aventures sonores… Comme quoi on peut être incroyablement inventif à plus de 50 ans et réussir à se réinventer.
Les trois premières chansons sont assez dans le style habituel du Modfather. Surtout le single qui donne son nom à l’album. Même si… subtilement à la réécoute il y a déjà là des « choses » qui viennent d’ailleurs. Cette première partie du disque où on reconnaît encore ‘l’ancien Paul Weller’ contient indéniablement en germe, des « choses »…
Puis l’album bascule nettement dans une autre dimension, et à partir du titre six on s’envole ailleurs. Vers quelque chose de vraiment risqué, unique, et aventureux. Parfois le bateau tangue sous la houle de ces nouveaux sons. Mais le capitaine garde le cap sur l’ensemble de ces 16 chansons, car il sait où il va !
Voilà qui est rafraîchissant, Paul Weller prend le risque de choquer voir décevoir une partie de son public habituel (notamment au Royaume Unis où il est une institution). Il risque aussi de ne pas pouvoir convertir de nouveaux adeptes avec cet album, qui pourraient passer à côté d’une musique aussi atypique et foisonnante. La majorité des Rock Critic et des fans étant de gros consommateurs pas sûr qu’ils prennent le temps nécessaire pour goûter à cette complexité. Et puis il y a ceux qui l’ont rangé dans une petite case, et qui ne feront pas l’effort d’être curieux… tant il est dangereux pour certains de bouleverser leurs certitudes !
La liste des guest qui participent à l’album donnent quelques indications sur le subtil mélange qui s’y effectue : Bruce Foxton (good old memories), Kevin Shields (et ça s’entend d’une façon étonnante) et Terry Edwards (qui transforme toujours tout ce qu’il touche en or).
En plus de faire de cet album un tout cohérent, une sorte d’opéra qui célèbre l’enterrement du vieux Paul Weller, il y a aussi là-dessus des ‘chansons / pièces’ qui mettent la baffe même hors de l’ensemble. C’est une des grosses qualités de cet album (qui décidément n’en manque pas, dommage que la pochette soit moche, et qu’il y ait aussi dessus un titre pas terrible), le fait que se soit un VRAI ALBUM. Construit du début à la fin. Ce qui n’aidera sans doute pas les adeptes du zapping à être assez attentifs pour tomber sous son charme. Tant pis pour eux…
Si Mod c’est pour Moderne, alors Paul Weller avec ce « Wake Up The Nation » reste fidèle à cette idée ! Loin, très loin, de tout revival ou rétro futurisme. Un album de maintenant, ce qu’on avait finalement finit par ne plus attendre de lui.
Et en fouillant sur son site j’ai vu qu’il recommandait ce groupe là : http://www.myspace.com/taptapmusic pour ceux qui aiment Arcade Fire et leur clique ça le fait.
********** DRUGSTORE SPIDERS « Contraband » (LP, Human Bretzel Rds / CD, Ravenstone Rds)
Né des cendres des Lost Disciples cet atypique groupe (3 breton, un néo zélandais) tire son nom pour partie des Spiders From Mars et d’une chanson d’Iggy Pop… Des gens de sens et de goûts qui connaissent la mystique Rock’n’rollienne ! Deuxième singularité de ce premier album (« Contraband » j’aimerai bien connaître leur explication…) : le SON ! A l’heure où tout le monde compresse à mort (pour être écouté sur un téléphone portable par des nains dans une version mp3 mal téléchargée… bienvenue en enfer), les Drugstore Spiders NON ! Et ils n’ont pas non plus gonflés leur son en empilant des couches de guitares pour faire genre.
Le SON des Drugstore Spiders c’est un truc massif. Sain. Pas prétentieux. Un peu à l’ancienne. Mais Vivant ! Avec de l’espace et la patate, mais sans vriller la tête. Un truc qui respire, parce qu’il est VIVANT !
Avec un son comme celui-là, la version 33 tours doit être terrible !!!
Et ce son est au service d’une sorte de High Energy R’n’R, bien Rock ; loin de l’attitude macho habituels de certains jeunes loups du genre. Sans non plus les colifichets Heavy Metal.
Basé sur des mid tempo et des compos solidement écrites, interprétées, et efficace. Une sorte de dépouillement qui ravira les inconditionnels (comme moi) du croisement Australie / Suède des 80’s (New Christs / Nomads) qui à déjà donné les excellents Holy Curse, et donc maintenant les Drugstore Spiders. Malgré le fait que le chanteur soit néo-zélandais (ex Reptiles At Dawn, remember New Rose Rds) j’arrive à comprendre les paroles, car évidement sur ces mid tempos le chant et quasi parlé, en tout cas posé. Et indéniablement cette voix caractéristique et un atout supplémentaire pour les Drugstore Spiders, qui vraiment n’en manquent pas !
http://www.myspace.com/drugstorespiders
http://www.myspace.com/humanbretzel
*********** EAT YOUR TOYS « On the ledge » (Autoproduction)
Est-ce que le rétro pédalage peut faire allé de l’avant ? Eat Your Toys pratique une sorte d’Indie Post Punk un peu froid. Dans le genre (des excellents) Frustration, mais qui auraient écouté tout ce qui s’est fait depuis Joy Division (ben quoi, on n’appel plus une chanson ‘Control’ impunément désormais), aussi bien l’Indie Pop des 80’s, que le shoegaze (sans que ça se ressente vraiment) ou l’Indie Rock actuel… Premier jet = 5 titres non pas prometteurs, mais tout simplement BONS !
http://www.myspace.com/eatyourtoys
*********** MONONOKE n°6 (zine punk hard core, 36 p A5 dispo à prix libre) Carville David, 38 rue docteur Dubois, 58110 Chatillon en Bazois dc.fury@orange.fr Ou en téléchargement ici : http://www.kawaiirecords.com comme la newsletter que David fait entre les numéros de Mononoke et qui s’appelle Sin fronteras ni banderas. J’ai le n°8 : 4 p A4 de chroniques disques, Cd, CDr, K7… de nombreux groupes des nombreuses ‘familles’ du Punk international. Kawaii Records c’est aussi un label et une liste de distribution… Mononoke n°6 donc. Première lecture pour moi de ce zine à la présentation très clean qui n’empêche pas des efforts de mise en page. Au sommaire : des chroniques de livres engagés. Une longue interview du groupe Hard Core philippin Half The Battle, c’est leur chanteur américain qui y répond (qui a ouvert là bas le studio Positivity Recording) il a un avis un peu extérieur à la vie des philippins ce qu’on constate dans ses réponses sur la vie politique ou quotidienne… Le gars à une vision très positive du monde et de l’avenir ce qui est une rafraichissante surprise par rapport à l’habituel cynisme. On poursuit avec des chroniques de cinéma bis. Un appel au soutien des antifa russes (qui subissent à la fois la répression de l’Etat et les attaques meurtrières des nazis locaux). Suivent deux pages de contacts de listes de distributions Punk / Hc ce qui est toujours utiles. Des chroniques de mangas ; une scène report sur le Punk en Chine. Et ma rubrique préférée : No zines no scene, avec plein de chroniques de fanzines où je vais pêcher mes prochaines lectures. Un article sur ‘les stratégies et techniques employées pour la manipulation de l’opinion publique et la société’. Et on fini bien sûr par plein de chroniques de disques… Sobre, classique et efficace ; juste ce qui me faut.
*********** KEN BRUEN « Le dramaturge – une enquête de Jack Taylor » (Série Noire / Gallimard, 253 pages)
Celui-là il vaut mieux ne pas être mélancolique quand vous le commencez… Il est écrit roman noir sur la couverture. On n’est pas trompé. Jack Taylor est détective privé dans un pays où ce travail n’existe pas. Là, il à cessé de boire de se droguer et même de fumer. Ce qui ne rend pas sa vie plis simple ni plus facile. Comme dans chacune des enquêtes de Jack Taylor que j’ai déjà lu, se croisent plusieurs intrigues. Le personnage de Ken Bruen court toujours plusieurs lièvres à la fois. Sûrement pour remplir un vide intérieur !? Comme souvent également ses sentiments amoureux ne lui facilitent pas la vie. Pas plus que ses relations avec ses semblables… Enfin voilà, si votre truc c’est les bières sombres, épaisses et profondes comme on les brasse en Irlande ou les whiskey tournés alors « Le dramaturge » est pour vous !
Le style à la fois très parlant et épuré de Ken Bruen réussit à signifier beaucoup sans s’épancher. Et comme le titre le laisse imaginer ça parle de littérature (dans l’intrigue mais pas que) Jack Taylor étant un gros lecteur. Et Ken Bruen utilise pas mal de citations comme inter chapitres pour exprimer des choses qu’il ne pense sans doute pas pouvoir ‘dire’ aussi bien (pourtant quel style il a). Ou alors il aime partager ses élans littéraires. Je le comprends.
http://www.gallimard.fr/Gallimard-c...
*********** Michel Audiard « Le jour, la nuit et toute les autres nuits » (Denoël) Rétro futurisme à plein régime. Denoël vient de rééditer ce livre de Michel Audiard épuisé depuis bien longtemps. Que j’ai lu il y a 3 mois grâce au fond des médiathèques grenobloises. Voici un ‘récit’ faute de meilleure classification, foutraque, sans réelle structure. Une collision entre le présent et la période de la fin de la guerre et de l’épuration… ayant fréquenté pas mal de gens dans la frange de la légalité Audiard à vu certains d’entre eux qui avaient plus ou moins fricotés avec l’occupant être plus ou moins châtiés au moment des règlements de comptes… Et ceci rentre en résonnance avec la période de rédaction du livre où Audiard ressent une grande détestation de la vie (après le décès accidentel de son fils) et de ses semblables qui n’ont l’air de le fréquenter que pour tirer un service de lui. C’est misanthropique, bilieux et forcément sombre. Un livre comme on en produira plus dans ses temps policés (encore que l’auto censure chez les pontes du parti au pouvoir ne semble pas très marqué), avec un vocabulaire raciste assumé et nauséeux, qui va avec la virulence du ton. Sans oublier un effet coq à l’âne auquel plus personne ne se risquerai dans la littérature française actuelle où la forme prime sur le fond.
Si vous vous attendez à un livre flamboyant signé par le célèbre dialoguiste gouailleur, vous serez déçus. En revanche si vous êtes prêt à lire un texte issue d’une vraie minorité silencieuse, celle des classes populaires de droite qui lisait ‘Le Gringoire’ et sans doute aussi ‘Je suis partout’, alors là, vous aurez une voix plutôt rare chez les plumitifs du pays. Un livre qui m’a laissé perplexe et mal à l’aise.
*********** « Conditions* » de Nate Powell BD, 40 p A5, traduction et assemblage Steph ‘Rad Party’ (Small Budget Productions) Si il y a une forme d’expression artistique à laquelle je ne m’intéresse pas c’est bien la BD (aussi peu qu’à la photo, c’est dire). En plus je n’y connais rien. Ce qui fait que quand par hasard j’en ai une entre les mains, ça me parait frais. Donc avec l’arrivé du gros paquet commandé à (l’excellent zine) Rad Party, il y avait en bonus cette BD de Nate Powell, ce fut une surprise, et c’est par ça que j’ai commencé, car il était très tard et que c’était la publication la moins épaisse du lot. Je l’ai donc feuilleté en me couchant, avant de m’endormir. Juste en regardant le trait. Première chose : il y a pas mal de vignettes qui semblent être des cartes grattées (ou quelque soit lé véritable nom de cette technique, qui donne un côté très sombre / noir). C’est la teneur générale de cette BD, même si il y a aussi parfois des cases très claires, épurées, avec juste une silhouette esquissée, et sans fond ; qui produisent comme une accélération du rythme de lecture. Au niveau découpage on à des pages avec 9 cases et d’autre avec un dessin unique. Le rythme du dessin et donc du lecteur évolue à travers des chapitres qui racontent le temps qui passent. Une BD sur la fin de l’adolescence, et sur le seuil de ce qu’il y a après (mais qu’est-ce qu’il y a après ?). Ou alors une BD sur le moment ? Le moment de la retraite. Le moment du départ. Le moment des grandes décisions. Le moment de l’amour. Le moment du changement de statu. C’est assez décousu, mais juste dans le rendu de l’intensité / fébrilité de la valse hésitation. Et graphiquement c’est très aboutit également.
Disponible contre 2 euros port compris ici : burninghopes@hotmail.fr
Voici le lien du très bon blog de l’excellent fanzine Rad Party : http://radpartyonlignebis.blogspot.com
Bertrand Tappaz