La rubrique de l’expatriée

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"Morse" (aka "Let the right one in")

samedi 6 décembre 2008

Les fantasticophiles acharnés le savent : après l’Espagne et le Royaume-Uni, c’est au tour de l’Europe du Nord de connaître une nouvelle vague de films de genre, et de qualité s’il vous plaît ! Quasiment inconnues car non exportées, des perles telles que les norvégiens Cold Prey 1 et 2 ou Manhunt, l’anthologie vampirique suédoise Tale of Vampires, ou encore le tout pourri Norway of life - le seul cependant à avoir eu les honneurs d’une sortie dans les salles françaises, Gérardmer oblige - sont les porteurs de drapeau de ce nouveau courant. Let the right one in pourrait fort bien changer la donne, et offrir plus de visibilité à l’horreur des royaumes du Nord.

Bardé de récompenses récoltées dans des festivals divers et variés (Tribeca, Fant-Asia, Sitges, Toronto...), encensé par Guillermo del Toro et par à peu près toute la presse - spécialisée ou non dans le genre - le film de Tomas Alfredson a déjà tout ravagé sur son passage, jusqu’à Hollywood où un remake est déjà en chantier entre les mains (gauches) de Matt Reeves (Cloverfield). Passons sur la tristesse de la chose, et revenons en au fait : c’est quoi, au juste, Let the right one in ?

Réponse : une véritable perle. Adapté d’un best-seller local, le film raconte l’histoire d’un petit garçon, Oskar, malmené à l’école par ses petits camarades, enfant solitaire et mélancolique. Un soir, Oskar fait la rencontre d’Eli, sa toute nouvelle voisine, une petite fille qui cache un secret... mordant.

Alors oui, encore un film de vampires, mais ne vous y fiez pas : vous n’avez jamais vu ça. On sait à quel point il est difficile d’innover au cinéma avec ces délicieuses créatures assoiffées, utilisées à outrance depuis le Nosferatu de Murnau, et marquées depuis plus d’une dizaine d’années par une mythologie made in Anne Rice particulièrement gonflante. Tomas Alfredson réussit l’exploit d’être original et innovant, tout en respectant scrupuleusement la mythologie d’origine. Avouez qu’on n’aurait pas pensé voir un jour une histoire de vampires sérieuse dans la cour de récré d’une école primaire. Et ne croyez pas pour autant que la violence est édulcorée sous prétexte que l’héroïne a 12 ans : Eli est une tueuse, et arrache ses carotides toute seule comme une grande, merci pour elle. D’autre part, Tomas Alfredson et son scénariste John Ajvide Lindqvist (auteur du roman dont est tiré le film) ont su parsemer le film de détails que l’on pourrait juger insignifiants, mais qui font toute la saveur et l’originalité de son univers. Le titre original, littéralement "Laissez entrer la bonne personne", fait ainsi référence à une scène absolument géniale dans laquelle on nous apprend - enfin - ce qu’il arrive aux vampires pénétrant dans une pièce alors qu’ils n’y ont pas été invités. Simple mais efficace.

Mais Let the right one in est avant tout l’œuvre d’un cinéaste accompli. Esthétiquement, on frise la perfection. Filmé dans un scope sublime avec une lumière bleutée magnifique (c’est dire l’exploit), Let the right one in offre des plans très travaillés dans lesquels aucun détail n’est laissé au hasard. Effet immédiat : entre frissons et émotions, Tomas Alfredson vole le cœur et coupe le souffle de son spectateur, tout en lui offrant des scènes qui lui resteront longtemps gravées sur la rétine. Du très beau boulot en somme, et l’on attend la suite de la carrière du bonhomme de pied ferme.

Sabine Garcia


Date de sortie : 04 Février 2009 Réalisé par Tomas Alfredson Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar... Film suédois. Durée : 1h 54min. Année de production : 2008 Titre original : Låt den rätte komma in Distribué par Chrysalis Films

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