La rubrique de l’expatriée

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"The Good, the Bad and the Weird"

samedi 25 octobre 2008

On ne connaissait jusqu’à présent Kim Ji-woon que pour le plutôt chiant Deux sœurs, un épisode oubliable de 3 histoires de l’au-delà, et un Bittersweet Life très bien fait mais trop propre. C’est donc avec étonnement que l’on a appris que ce réalisateur de genre plutôt sérieux, et somme toute assez sage, allait s’attaquer à un hommage déjanté de l’immortel Le Bon, la Brute et le Truand - et ce peu de temps après que le génial hystérique Takeshi Miike ait bouclé le non moins génial et hystérique Sukiyaki Western Django.

La démarche adoptée n’est cependant absolument pas la même. Là où Miike table sur l’outrance et le détournement parodique, profitant au passage pour pointer du doigt l’occidentalisation de la culture asiatique, Kim Ji-woon préfère adopter une approche plus réfléchie et - presque - plus posée. The Good, the Bad and the Weird est la réponse la plus intelligente possible à la vague de remakes plus ou moins justifiés et autres copiages éhontés que le cinéma américain produit par dizaines depuis quelques années. A savoir, une inspiration réelle et revendiquée de sources clairement nommées (et dans ce cas précis, on ne peut vraiment pas faire plus clair), mais repensées, digérées, assimilées et menant finalement à une réinterprétation totale du film de Leone, à la fois respectueuse et totalement personnelle. Un véritable tour de force.

The Good, the Bad and the Weird suit les chemins tordus de trois personnages à la recherche d’une carte au trésor, passant de main en main, et provoquant les convoitises de chacun, du plus humble des truands jusqu’à l’armée japonaise. The weird, incarné par l’excellent Song Kang-ho (acteur habitué des œuvres de Bong Joon-ho), est un malfrat à la petite semaine, à l’intelligence plus que douteuse, mais très doué avec une arme à feu, ce qui est toujours ça de pris. The good, campé par un Jung Woo-sung un peu transparent, est un chasseur de primes peu bavard et mystérieux (dommage que le charisme ne suive pas), obligé de faire équipe avec le "cinglé" pour le meilleur et pour le pire. Et le meilleur on vous le garde pour la fin : the bad, incarné par un Lee Byung-hun au charisme torride. Le héros de A Bittersweet Life écrase d’un seul coup d’œil sadique la performance de ses deux partenaires, ce qui ne fait que rendre les confrontations plus excitantes encore.

Des confrontations plus musclées et inventives les unes que les autres, qui finiront par culminer dans une course-poursuite dantesque et jouissive au beau milieu du désert, un acte de bravoure de presque 20 minutes, opposant bandits, gangs rivaux, tribu mongole et armée japonaise dans un déchaînement héroïque délirant. Kim Ji-woonn’oublie d’ailleurs pas de réitérer le clin d’œil à Tarantino déjà opéré dans A Bittersweet Life (les combats sur fond de musique hispanisante) en reprenant carrément le génial "Don’t Let Me Be Misunderstood" pour illustrer sa folle séquence. Effet de bonheur intense immédiat et assuré ! Evidemment, tout s’achèvera par le "duel" à trois que tout le monde attend, et qui ne manquera pas de surprendre !

Servi par une mise en scène fabuleuse à l’esthétique ultra-léchée (un scope beau à s’en crever les yeux), The Good, the Bad and the Weird - Le Bon, la brute et le cinglé si l’on respecte le titre du distributeur français - est typiquement le genre de cinéma qui fait plaisir à voir, et qui réchauffe le cœur du cinéphile blasé. Ça tombe bien, il sort en décembre.

Sabine Garcia


Date de sortie : 17 Décembre 2008 Réalisé par Kim Jee-Woon Avec Jung Woo-Sung, Lee Byung-Hun, Song Kang-Ho Film sud-coréen. Durée : 2h 8min. Année de production : 2007 Titre original : The Good, the Bad, and the Weird Distribué par ARP Sélection

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